Apprentissage et correction

Lors de l’apprentissage nous faisons plein de fautes et si nous ne sommes pas corrigés à temps nous risquons d’en créer une mauvaise habitude. Par conséquent il faut corriger ces mauvais mouvements par des exercices. Nous nous posons certes la question quel exercice sera adapté pour arriver à notre but, mais en général nous nous ne rendons pas compte qu’il peut avoir une différence entre un mouvement pour l’apprentissage et un mouvement de correction.

Nous définissons trois mouvements de clef : la rotation, la bascule et la flexion/extension. Pour exécuter une forme de virage, de saut ou autre nous avons besoin d’au moins un mouvement de clef pour y parvenir. Certains mouvements sont adaptés, d’autres moins,  pas du tout ou on a besoin d’un enchainement de différents mouvements.

En ce qui concerne l’apprentissage il faut se concentrer sur le mouvement clef principal. Je  le détermine en évaluant l’efficacité des mouvements clefs à réussir pour arriver au but recherché, c'est-à dire une forme de virage ou saut. J’appellerai dorénavant ce mouvement, qui est en haut de l’hiérarchie,  mouvement élémentaire. Si comme souvent il y a une combinaison de plusieurs mouvements pour une exécution « parfaite »,  nous apprenons un mouvement après l’autre pour finalement les combiner. Il en reste pas moins que le mouvement élémentaire est le plus à même à produire un premier succès. Si l'on veut arriver vite à son but et éviter des frustrations dues au fait que l’élève ne fait pas ce qu’on aimerait qu'il fasse, il vaut la peine de réfléchir si l’exercice est vraiment si bon qu’on ne le croyait.

En ce qui concerne la correction, les exercices d’apprentissage ne fonctionnent pas car l’élève a déjà intériorisé des mouvements qui se révèlent faux. Il n’est pas possible de formater l’élève et réécrire un nouveau programme, celui de l’apprentissage, par-dessus. L’élève qui fait de faux mouvements est souvent convaincu  qu’il les fait correctement. Il est habitué à de fausses perceptions qu’il considère correctes. En ce cas de figure il est souvent indiqué de faire les mouvements opposés comme exercice jusqu’à ce que l’élève soit revenu au bon mouvement (C’est le principe de « thèse- antithèse-synthèse »). Quand un élève fait une erreur il faut tout d'abord la percevoir et définir, puis savoir pour quelle raison il la fait. S'il a peur, il ne servira à rien de vouloir corriger avec des exercices techniques, car la raison qui a créé cette erreur n'a pas disparu. Il faut allors travailler sur la confiance. Si par contre il a une mauvaise perception du corps, pris de mauvais plis avec des copains ou il se trouve devant une tâche difficile, nous profs de ski, nous devons nous montrer créatif pour trouver les bons exercices pour cette situation. C’est à ce stade là qu’il peut fixer la nouvelle forme grâce à une perception qu’il apprend à considérer juste. D’autres exercices de correction  sont faits pour lui donner une nouvelle position du corps et ainsi changer les perceptions qu’il a de son corps. Voilà que nous pouvons le réorienter dans son apprentissage.

Le skieur qui fait une contre-rotation lors de ses virages, sera p.ex.  amené à faire des exercices avec de la, co-rotation, et/ou pré-rotation jusqu’à ce que le prof voit que les mouvements et  leur enchainement sont  bons. Maintenant  il faut faire des exercices pour consolider ces mouvements, car l’élève ne les a pas encore intériorisé et pourrait retomber dans les vielles habitudes. Il est utile de rajouter que nous les enseignants, nous nous  concentrons sur la technique et les exercices adéquats, l’élève par contre doit donner plus d’importance à la perception de ce qu’il fait. Quand nous lui disons que l'exercice avait été bien exécuté il doit mémoriser ces perceptions pour pouvoir reproduire ce qu’il a fait. J’en reparlerai plus explicitement dans le chapitre de la perception du corps.

Il existe une troisième sorte d’exercices, ceux pour la consolidation. L’élève à ce point commence à jouer avec la forme apprise. En Chasse neige p.ex. il commence à jouer avec les carres des skis, une carre seulement ou les deux, basculer en avant et en arrière ou latéralement, sauter etc. Il n’a plus besoin de se concentrer uniquement sur le chasse neige pour contrôler sa vitesse, il peut libérer une partie de la concentration pour la destiner à d’autres tâches. Cela lui procurera d’autres sensations et nous fournit en plus une bonne opportunité pour déterminer quelle exercice est le plus à même pour lui enseigner la prochaine forme. Chaque élève agit et réagit différemment. Il y a ceux qui tournent mieux en chasse neige en faisant une rotation du haut du corps, d’autres en appuyant plus sur la jambe extérieure du virage et encore d’autres plutôt en tordant le si extérieure du virage dans la direction du virage.

Nous revoilà à l’apprentissage d’un nouveau mouvement. Admettons que le mouvement élémentaire pour le chasse neige soit la rotation du corps. Notre élève a fait toute une série d’exercices et a commencé  à tourner  en s’appuyant plus sur une jambe et puis sur l’autre. Ceci, étant le résultat d’un exercice, lui a procuré une nouvelle sensation et l’a amène plus loin dans son apprentissage. Il va de soi que je continue sur cette voie pour le faire progresser, car la théorie, celle du mouvement élémentaire en l’occurrence, nous sert comme file rouge, mais il doit se plier par la suite aux exigences d’une situation qui se développe. Il serait stupide de désapprendre quelque chose pour la réapprendre différemment avec le même résultat. Notre élève a appris à tourner avec une combinaison de deux basculements, longitudinal et latérale. Il  a trouvé cette solution par soi même, éventuellement sans difficulté et il en est fier ! Il apprendra à se servir de la rotation plus tard.

La boucle est maintenant bouclée. Nous partons sur une base donnée, travaillons là-dessus et arrivons à un premier but. Selon le résultat obtenu nous choisissons la direction à suivre. Il n’y a rien de miraculeux là dedans. Il faut tout de même se rendre compte de la différence entre apprentissage, correction et consolidation.

 Je ferai maintenant un pas vers la perception du corps pour rajouter une quatrième classe d’exercices : les exercices de contrôle. (On arrive finalement à une variante de : enseigner-contrôler- corriger ou le CCC au service militaire commander-contrôler-corriger)

Les exercices de contrôle sont une classe un peut à part, car ils transfèrent le contrôle du prof à l’élève. Puisque l’élève apprendra à s’autocontrôler, ces mouvements et exercices touchent à la perception du corps. On peut p. ex faire lever le ski dans une traversée et faire contrôler la position du corps. L’élève va sentir plus fortement la pression sur le tibia s’il est penché en avant ou sur son mollet et/ou les orteilles au cas contraire. Si l’élève contrôle maintenant la position du ski levé par rapport à la piste, il se rendra compte que le ski sera penché soit vers l’avant, soit vers l’arrière. Si la spatule est levé, il est forcément en arrière et vice versa. Les contrôles visuels sont plus faciles à mener à bien que les contrôles non visuels. Un autre exercice est celui où le skieur tient ses bâtons au milieu devant soit et crée une sorte de fenêtre qu’il essaye de garder toujours dans la même position lors de son virage court. S’il réussit, il sait que son haut du corps reste stable.

Un exercice de contrôle est donc un exercice qui donne la possibilité à l’élève à progresser par lui-même, sans prof, sans vidéo ! Ceci est important dans la mesure qu’il y a souvent une plus ou moins grande différence entre notre perception et ce que nous faisons effectivement. C’est pour cela que l’élève progresse plus vit et mieux avec un professionnel de l’enseignement qui dit ce qu’il a vu, qui lui décortique  et analyse la situation et choisi la direction à prendre.

Le but idéal de tout enseignement est que l’élève progresse au point à ce que lui aussi devienne « maitre » et nous ayons une discussion d’égal à égal.

 

 

Analyse des mouvements élémentaires pour les différentes formes

 

forme

Mouvement élémentaire

  Chasse neige   tournant

  Rotation du haut du   corps – « orientation »

  Dérapage

  Bascule latérale des   genoux (skis)

  Virage chasse   neige

  Bascule latérale du   genou aval/hanches à la fin du virage

  Virage   parallèle

  Rotation

  Virage court

  Bascule latérale des   skis

  Carving

  Bascule latérale des   skis

  Sauts   straight-360°-salto

  Extension-rotation-bascule longitudinale (rotation)

 

Petite revue des mouvements clefs, qui sont :

  • La rotation
  • La bascule
  • La flexion/extension

La rotation est une rotation autour de l’axe longitudinale de notre corps qui peut être défini comme « orientation », car c’est comme cela que nous nous orientons sur un plan horizontal. Il n’y a pas de déplacement du centre de gravité, mais toujours un moment.

La bascule est aussi une rotation autour d’un axe horizontale, ce qui peut donner une bascule latéral ou longitudinal par rapport à nos skis. Cela comporte toujours un déplacement du centre de gravité, et un moment.

La flexion/extension sert à lester et délester nos skis… et a absorber des chocs. Il y a toujours un déplacement du centre de gravité .Le seul mouvement qui ne crée pas de moments.

 

Explication des mouvements élémentaires pour l’apprentissage des formes

 

Chasse neige freinant

La décomposition des mouvements (clefs) du chasse-neige freinant est assez complexe, et il n’y a pas de mouvement « élémentaire » qui se distingue. Il faut impérativement écarter les skis ET plier/tordre les genoux ET tordre les chevilles. Malgré TOUT cela il y a un mouvement  sans lequel le chasse-neige ne fonctionne pas : le bascule des genoux vers l’extérieure. D’une manière imaginé, l’élève doit s’asseoir comme sur un cheval et donc écarter les genoux quand il fait un chasse neige. S’il reste sur les carres il reste très inefficace et aura très vite mal aux hanches. Dés qu’il n’a plus de force il ne réussira plus à écarter les skis. Le chasse-neige freinant est probablement le mouvement le plus difficile à apprendre car il ne repose sur rien de connue dans la vie de tous les jours !

Chasse neige tournant

Premier changement de direction = rotation des hanches. On pourrait aussi donner plus de pression sur une carre en basculant le corps vers l’extérieur du virage, ce la fonctionne mais c’est un mouvement contraire par rapport au virage, car normalement on s’oppose à la force centrifuge. Il y a en fait des élèves qui se penchent vers l’intérieur du virage, comme en vélo… et rien ne va plus. Je peu leur expliquer les raisons, mais c’est tellement compliqué d’enchainer les bons mouvements que cela est du temps perdu pour l’apprentissage.

On pourrait aussi lester l'avant du ski extérieur du virage(bascule), mais il faudrait en même temps pousser le genou en avant pour créer un moment sur le ski qui lui imprime une rotation. Donc, concentrons-nous à quelque chose plus élémentaire : regardons là où nous voulons aller. Le regard concerne les yeux mais aussi les épaules et les hanches. Nous pouvons très bien tourner la tête et les épaules sans que les skis tournent, il faut que les hanches tournent aussi. Seulement, la plupart des skieurs n’ont pas ou que très sommairement conscience de leurs hanches. Ainsi nous ferons tourner la tête et les épaules en premier lieu tout en espérant que les hanches suivent. Si non, on fait mettre les mains sur les hanches pour que l’élève prenne conscience de celles-ci. Il est important, que l’élève ne fasse que ce mouvement-ci. S’il rajoute un basculement latéral il déleste (trop) un ski et  il risque de ne pas tourner. Notons qu’il est important de choisir un terrain qui inspire confiance au skieur, autrement il fera des mouvements « parasites » pour éviter un danger imaginaire.

Pourquoi l’orientation fonctionne-t-il si bien ? Quand je pousse une hanche en avant je crée une rotation des hanches, ce qui fait tourner aussi le ski concerné et qui fait que la résultante des deux skis (bissectrice des deux skis) subit aussi une rotation (la pointe de la pizza change de direction).

Une autre possibilité « élémentaire » serait de pousser le genou extérieur du futur virage vers l’avant (=Moment) ce qui fait pivoter légèrement le ski dans la direction voulu. Le changement de direction est moins intuitif et pose des problèmes à des personnes dyslexiques (il y en a plus de ce qu’on pense) parce qu’on fait un mouvement à droit pour aller à gauche ; cela est « dérangeant «  pour un dyslexique. Autre avantage de l’orientation : il suffit de dire à l’élève de regarder le prof et celui-ci se déplace continuellement pour faire tourner son élève.

Dérapage

Le seul moyen de déraper ou de s’arrêter est la bascule perpendiculaire aux skis (latérale), soit par les hanches, soit par les genoux ou les deux. Une personne rigide le fera par les hanches, l’élève qui a bien appris à pousser les genoux vers l’avant pourra facilement basculer ses genoux.

Virage chasse-neige

Bascule du genou aval vers l’amont à la fin du virage. Le but est de passer du chasse neige tournant au virage chasse neige. Les skis doivent se remettre parallèles à la fin du virage. Nous allons porter l’attention du skieur sur le ski aval. Il doit faire une bascule du genou aval vers l’amont. Cela interrompt le dérapage et le ski va vers l’avant (composante restante du mouvement de la glisse, l’autre étant le dérapage. Cela est aussi la cause d'une position en arrière transitoire). A condition que l’attention soit vraiment sur ce ski-là, la jambe  amont  se relaxe et le ski revient tout seul parallèle à l’autre et le skieur entame la traversé. L’élève aura de la facilité s’il a déjà fait du dérapage !

Virage parallèle de base

Rotation. On fait vite l’expérience que l’élève arrive à faire du virage parallèle sur un terrain très facile en se concentrant seulement sur la rotation. Il va de soi que ce n’est pas le seul mouvement qu’il fait. Par contre c’est le seule mouvement conscient qu’il fait. Tout le reste se fait inconsciemment et en général correctement.

Les autres mouvements clefs pour le virage parallèle seront introduits selon le choix du terrain et/ou la forme de déclenchement qu’on veuille enseigner.

Virage court

Le principe du virage court par rapport aux autres formes de virage est assez différent du point de vue des sensations,  c’est le « rebondissement ». A la fin  de la phase 3 du virage, on exerce une prise de carre, qui arrête la rotation des skis et crée une flexion de notre corps. Notre corps étant élastique, résiste, se comprime et rebondit comme un ressort. Un rebondissement est caractérisé par un changement de direction, avec en l’occurrence un changement de direction de la rotation. Imaginé une balle attaché à un fil qui tourne autour de vous. Maintenant vous vous approchez d’un mur tout en continuant à tourner cette balle. Un moment donné elle va rencontrer le mur,  rebondir et changer le sens de rotation.

Le mouvement élémentaire pour le virage court est donc la bascule des genoux et hanches. Sans avoir appris le virage « stop » (hockey-stop) il sera pourtant difficile d’appréhender le virage court.

Carving

Le seule mouvement à faire à basse vitesse est la bascule des genoux de la hanche ou les deux vers l’intérieur du virage. A condition que la largeur des skis soit adapté à la vitesse et donc à la force centrifuge à venir, les skis vont suivre la forme des carres et le skieur va tourner.

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